Gaston Vogel: LA PRESSE – UN QUATRIÈME POUVOIR?!

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Image par Momentmal de Pixabay

 

Aux trois Pouvoirs que connaissent nos démocraties, un quatrième est venu s’ajouter au fil des décennies.

Il ne trouve aucune justification particulière dans notre loi fondamentale. – Ne dépend d’aucune élection – et est l’affaire d’une minorité de gens qui possèdent pour se faire entendre des instruments de travail colossaux qui leur permettent d’envoyer leurs nouvelles et commentaires par des dizaines de milliers d’exemplaires aux quatre coins du monde.

C’est ce qu’on appelle le pouvoir de la Presse.

Son rôle essentiel, dans la mesure où il se définit comme quatrième Pouvoir, est d’observer d’un œil critique les trois autres dans l’exercice de leurs pouvoirs respectifs.

La presse est le grand bienfait de nos démocraties.

Elle est un organe de contrôle et de dénonciation de tout ce qui ne va pas droit et ne tourne pas rond dans le monde qui nous gouverne.

Aussi doit-elle assurer une information critique et dérangeante – elle dénoncera les excès de pouvoir, ses exactions, ses sottises ses abus de tous ordres.

Dans son article publié le 14 août 2020 par la Süddeutsche Zeitung, la journaliste Annette Ramelsberger définit le rôle de la presse en général.

Je le cite :

« Die vierte Gewalt ist dazu da, die großen Drei zu beobachten, ihre Arbeit zu kontrollieren und ihre Fehler aufzudecken. Denn die ersten drei Gewalten sind mächtig. Sie greifen direkt ein in das Leben der Bürger. Gerichte nehmen Menschen die Freiheit. Die Regierung öffnet oder schließt Grenzen, treibt die Steuern ein, sie verkündet auch schon mal einen Shutdwon für das ganze Land. Und die Parlamente erlassen Gesetze, nach denen sich die Bürger zu richten haben. Deswegen sind kritische Beobachter außerhalb des eigenen Systems so wichtig. Sie schlagen Alarm, wenn etwas falsch läuft. Sie verhindern Fehler. Man nennt das Pressefreiheit. »

*

La presse proclame la liberté et l’indépendance comme les deux bases essentielles de son activité.

Pour l’indépendance, les choses ne sont pas si claires.

« Comme chacun le sait, l’indépendance d’un journal commence par le tiroir-caisse. »

Rares sont les organes de presse qui vivent à l’instar du Canard Enchaîné du seul produit de leurs ventes et qui, ne voulant pas dépendre de la « pub », se trouvent à l’abri des pressions de ceux qui la payent. (Voir article d’introduction dans « 100 ans – Canard Enchaîné »)

Pour rester dans le langage du Canard, je dirais que peu de journaux n’ont pas de « fil à la patte » pour entraver son activité.

*

La liberté de la presse est une des grandes conquêtes du monde moderne et on peut s’en féliciter.

Et pourtant elle doit à son tour être soumise à un certain contrôle pour la simple raison que ceux qui manipulent d’aussi puissantes machines (journaux, radio, télévision) doivent savoir qu’ils ont, avant de pouvoir faire valoir des droits, des obligations strictes et rigoureuses à respecter.

Parmi elles l’une est capitale : celle de se renseigner exactement avant de continuer l’information aux autres.

Tout faux renseignement crée des préjudices souvent irréparables pour la simple raison que le lecteur du journal accepte l’information sans la contrôler, sans même ressentir le besoin de la vérifier et la colporte aussitôt.

Il se formera ainsi un jugement qui restera sans appel – même si l’information sera redressée par la suite, le lecteur, rendu méfiant par une longue suite de préjugés, ne redressera pas son opinion, persuadé qu’il reste que quelque chose a été manigancé. Semper aliquid hacret.

Dans ce processus de refus interviennent, avec une intensité néfaste, les terribles poisons distillés par les proverbes campagnards tels que :

« Woo et dämpt, do ass Feier. »

Dans la mesure où la presse s’attaque à l’individu qui est sans moyens pour répondre de manière appropriée, elle doit s’attendre de la part de nos juridictions, ultime rempart contre l’arbitraire, à une recherche sans compromis des moyens mis en œuvre par le journaliste, préalablement à toute information du public.

*

Ceci m’amène à examiner le rôle de la presse au niveau du Pouvoir judiciaire.

On a souvent l’impression que les journalistes qui suivent les procès oublient que leur rôle essentiel n’est pas de jeter à la pâture publique la misère d’un individu, mais d’observer le juge dans l’accomplissement de ses devoirs.

La presse néglige trop souvent ce rôle de contrôle.

Est-ce par incompétence ou par souci de scoop ?

On l’a vu à l’époque de la sinistre affaire Kohnen-Bauler.

Au lieu de dénoncer les aberrations judiciaires qui échappaient à tout vocabulaire, une certaine presse se lamentait sur le sort de l’inculpé qui avait réussi à sortir finalement blanchi de l’enfer que la justice lui avait réservé et cela grâce à un Procureur Général qui n’avait pas froid aux yeux.

On aurait tellement aimé faire passer l’inculpé par la guillotine, les erreurs judiciaires restant pour la presse « of the smaller consequence ».

Une presse incompétente et paresseuse qui commet un tel impair n’est pas digne de se prévaloir d’un quatrième Pouvoir.

Il serait intéressant de voir l’Université de Luxembourg prendre, une bonne fois pour toutes,  sous son regard investigateur les relations souvent curieuses entre presse et Pouvoir judiciaire.

Pour finir, il me plaît de reprendre les observations écrites par Erik Emptaz dans son article « L’horreur judiciaire » publié dans le dossier du scandale d’Outreau :

« La justice des hommes n’est pas rendue par des surhommes. Or, confier à des humains la tâche surhumaine de juger leurs semblables, c’est évidemment s’exposer au risque de rencontrer les mêmes faiblesses chez les juges que chez les jugés.

Il existe ainsi des magistrats voleurs, exhibitionnistes corrompus, obsédés sexuels, des complètement incompétents ou des sérieusement secoués, comme dans toute autre corporation. Le problème est que les représentants de celle-ci se doivent d’être au-dessus de tout soupçon. D’où la difficulté pour l’institution judiciaire de reconnaître ses torts quand elle juge de travers. »

Nul n’est à l’abri de l’erreur… mais l’erreur peut engendrer l’horreur, comme l’a démontré l’exemple qui vient d’être discuté.

*

Il appartient à la presse de dénoncer ces insuffisances dans l’administration de la justice.

L’audience est publique pour permettre ce contrôle.

La presse a tort de ne pas toujours s’en souvenir.

Citons pour finir une fois de plus la journaliste Annette Ramelsberger :

« Die Öffentlichkeit soll geheime Absprachen verhindern, Willkür- oder Gefälligkeitsurteile unmöglich machen. Die Bürger sollen jederzeit sehen können, wie ihre Justiz arbeitet, wie sie in ihrem Namen urteilt: im Namen des Volkes. Da nicht sehr viele Menschen die Zeit haben, über Wochen und Monate in Gerichtsverhandlungen zu sitzen haben diese Aufgabe Justizkorrespondenten und Gerichtsreporterinnen übernommen. Sie sind Auge und Ohr des Volkes. »

*

 

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