Gaston Vogel: CONSIDERATIONS SUR LE RACISME

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Image par Patrick Behn de Pixabay

Nous avons vécu plusieurs jours de suite sous le signe de l’éternel et idiot racisme.

 

Qu’est-ce que le racisme ?

 

Il n’existe pas de races humaines.

 

Il existe des humains à couleur de peau variable.

 

Pour le surplus, identité dans la différence.

 

Reprocher à quelqu’un la couleur de sa peau, c’est lui interdire d’être.

 

Une horreur !

 

Montesquieu avait cette formule simple pour répondre à un océan de bêtises : « Je suis nécessairement homme et je ne suis français que par hasard. »

 

*

 

Il est un fait que les humains à couleur blanche, étaient particulièrement dégueulasses dans les siècles passés vis-à-vis de leurs frères à peau foncée.

 

Rappelons-nous le Code noir de Colbert – pas de mots pour ça – plaise ou non à la Grande Nation – une bible d’indécence, un vomissoir.

 

L’ère du colonialisme ouvre une page de saloperie per se – avec à la clef, les pires atteintes à la dignité humaine.

 

*

 

Le roi Léopold II, qui vient d’être déboulonné à juste titre (on pourrait dire enfin) a été un criminel de droit commun, sévissant au Congo, avec la bénédiction de l’Eglise Catho, heureuse d’engranger des moutons égarés.

 

Du caoutchouc ! Et encore du Caoutchouc !

 

Pas de répit, toute tentative de souffler et de se reposer fut sanctionnée par une coupure de main.

 

Le Soir, dans son édition du 11.06.2020 le rappelle : meurtres arbitraires, viols, mains coupées, violences de masse, crucifixion de femmes et d’enfants…

 

Certes, quand le scandale éclatait dans la presse internationale en 1895, il eut un moment de contrition chrétienne et il ordonna des enquêtes.

 

Un tel individu n’a pas sa place sur un piédestal.

 

Il faut à tout jamais effacer sa sale mémoire.

 

Toute statue le rappelant n’est rien moins qu’une provocation.

 

Il était urgent de le déboulonner.

 

*

 

Pas surprenant non plus, qu’on déboulonne à Oxford, la statue du colonisateur Rhodes.

 

Même salaud.

*

 

La mise en esclavage de peuples entiers est un crime qui, sémantiquement parlant, échappe au vocabulaire.

 

C’est au-delà de tout.

 

Tout comme pour l’Holocauste, les mots n’ont plus de sens.

 

*

 

Suffit-il pourtant de jeter aux ordures ces restes d’une période indicible, pour qu’on trouve enfin le chemin d’une plus grande humanité ?

 

Je ne le crois pas.

 

*

 

En effet, il y a un autre racisme qui est profondément ancré dans l’ADN, très sournois, beaucoup plus complexe, qui cause quotidiennement des dégâts considérables.

 

Le racisme que je vise est le refus d’accepter l’altérité.

 

Cette définition est à prendre latissimo sensu.

 

L’antisémitisme en est la meilleure illustration.

 

Là en effet, n’intervient pas une couleur de peau – nous partageons avec nos amis juifs la même couleur.

 

Il y a autre chose, et bien plus grave et inquiétant.

 

Le peuple juif n’a cessé de manifester, envers et contre toute adversité, son identité propre, se manifestant par une langue (un vrai réservoir de haute antiquité) par des fêtes, des us et coutumes.

 

Rappelons ces éléments historiques :

 

A Babylone, les dirigeants juifs, aux prises avec l’angoisse de voir disparaître le peuple « creusèrent », nous apprend l’auteur Cohen dans son introduction au talmud, « aussitôt le problème de la survivance nationale. Esdras devait rendre sa vitalité à une communauté moribonde par la restauration de la Tora ». Je cite M. Cohen dans un passage absolument essentiel pour une profonde compréhension de la problématique en discussion : « Si donc la nation juive pouvait se maintenir, il lui fallait s’entourer d’une foi ardente qui lui fasse une frontière de feu. Il fallait au Juif une religion qui non seulement le distinguât continuellement des païens, mais qui lui rappelât sans cesse à lui-même qu’il était un membre du peuple juif.

 

Pour le distinguer de ses voisins, une simple croyance n’eût pas suffi ; il fallait toute une manière d’être : spécifique devait être sa façon d’adorer, typique sa maison ; jusque dans les actions ordinaires de l’existence quotidienne, certains traits distinctifs devaient constamment rappeler qu’il était juif. Le moindre détail de sa vie avait à subir le contrôle de la Tora, à se soumettre aux stipulations du code mosaïque et à leur mise en œuvre dans l’existence de la collectivité de son peuple, lorsque des conditions nouvelles exigeaient une modification.

 

 

C’est cet « Anders-sein » que le lambda de nos sociétés chrétiennes, ne voulait et ne veut toujours pas accepter.

 

Cela le dérange.

 

Il ne sait ordonner ces choses étranges dans le dénominateur commun qui fait sa philosophie brute et sans nuance.

 

D’où la genèse du rejet, avec toutes les violences qu’il a connues au fil des deux millénaires.

 

Toute l’histoire de l’antisémitisme n’est rien d’autre que cela, à savoir, le refus systématique d’accepter ce qui n’est pas partagé par la majorité ambiante.

 

*

 

Erika Landau a écrit à ce sujet des phrases incisives qu’il faut rappeler :

 

„Die Juden waren immer anders als die jeweilige Gesellschaft um sie herum.

 

Deshalb waren sie ihr unheimlich.

 

Als Minorität müssten die Juden besser sein, besser lernen, mehr Geld verdienen.

 

Das hat kolossal viel Neid hervorgerufen“

 

(Voir Jüdische Portraits – Herlinde Koelbl – Fischer p.151)

 

Sans la « Andersartigkeit », le peuple juif aurait disparu dans l’assimilation.

 

*

 

Le droit à l’altérité est un droit élémentaire absolu de l’homme, un droit qui en force et en intensité ne le cède en rien à celui d’être commun.

 

Le jour où l’humanité aura compris l’absolue équivalence de ces droits, aura admis leur simultanéité et complémentarité, elle pourra fêter une grande victoire sur le front de libération de la guenon.

 

Ce serait peut-être la fin des racismes sous toutes ses formes.

 

Nous n’y sommes pas, nonobstant toutes déclarations solennelles, conventions internationales, leçons administrées par l’histoire.

 

C’est un travail de Sisyphe, pour extirper ce mal de nos souches les plus profondes.

 

 

 

Le 11 juin 2020.

 

 

Gaston VOGEL

Absent à la signature.

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