G. Vogel: AUSCHWITZ JUIFS ET ROMS LIBÉRÉS LE 27.01.1945

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Image par Dariusz Staniszewski de Pixabay

 

 

 

L’armée rouge a libéré Auschwitz le 27.01.1945.

 

La Shoah restera à tout jamais le plus horrible crime que l’homme ait perpétré au cours de son histoire – un homme surgi des bas-fonds les plus ténébreux, sans une fibre d’humanité, infiniment plus sauvage et féroce que la bête la plus terrifiante.

 

Un monstre – et ce monstre n’est pas mort – il et aux aguets – des fois il recommence, arrachant à un enfant sa kippa, menaçant de mort son prochain pour la stupidissime raison qu’il est différent de lui dans les gestes quotidiens de la vie, dans son imaginaire, dans sa façon de s’exprimer, salissant les murs et les portraits de croix gammées.

 

Tous les pays Européens sont concernés par la recrudescence de cette tradition d’avilissement et d’asservissement.

 

Nous venons de nous souvenir des millions de Juifs qui ont dû laisser leur vie – nous l’avons fait le cœur serré – serré de douleur devant une telle atrocité qui dépasse les limites de l’entendement, serré d’angoisse, sachant que cela va recommencer.

 

Les analyses de cette catastrophe qu’on a entendues ces derniers jours ci et là n’ont toujours été qu’une approche très partielle, fort insuffisante, parce que laissant dans l’ombre les raisons profondes qui ont nourri cette barbarie.

 

Je voudrais citer ici Raul Hilberg qui fait observer dans son ouvrage « La destruction des Juifs d’Europe » :

 

« À bien examiner ce cataclysme de magnitude exceptionnelle, on constate que, dans la plupart des cas, les événements de ces douze années (1933-1945) n’étaient pas absolument nouveaux.

 

Le processus de destruction nazi ne se développait nullement par génération spontanée ; il fut le sommet d’une nouvelle évolution cyclique, semblable à celles que nous avons vu se dessiner dans l’action des artisans des précédentes politiques antijuives.

 

Les missionnaires du christianisme avaient fini par dire en substance : « vous n’avez pas le droit de vivre parmi nous si vous restez juifs ».

 

Après eux, les dirigeants séculiers avaient proclamé : « Vous n’avez pas le droit de vivre parmi nous ».

 

Enfin les nazis décrétèrent : « Vous n’avez pas le droit de vivre ».

 

Le processus commença quand l’Eglise tenta d’amener les juifs à se faire chrétiens ; à l’époque suivante, on voulut contraindre les victimes à s’exiler ; l’évolution s’acheva quand les juifs furent poussés vers leur mort.

 

Ainsi, les nazis n’ont pas été à l’origine d’un mouvement, ils l’ont poursuivi jusqu’à son terme. »

 

Terminons ces courtes considérations en rappelant l’écœurant épisode qui eut lieu en octobre 1984 à l’endroit même où l’indicible fut commis.

 

Les carmélites installèrent à Auschwitz un couvent sur le lieu où les bourreaux nazis avaient stocké les gaz meurtriers et les restes monnayables de leurs victimes, tels que vêtements, chaussures, etc.

 

La bonne sœur, fondatrice de ce cloître, sommée de mettre un terme au sacrilège, affirma que « les sœurs ne quitteraient pas cet endroit et qu’elles n’avaient guère de leçon à recevoir des juifs, qui, disait-elle, ne sont pas intéressés par Auschwitz, qui n’y ont pas édifié de monument et qui n’y sont pas morts.

 

Il fallait attendre encore cinq longues années avant de voir enfin s’esquisser une solution définitive.

 

Il importe de rappeler les divers avatars, tous sous le signe de l’hypocrisie catholique.

 

L’Eglise polonaise, après avoir signé un accord avec la communauté juive sur le démantèlement du couvent, reniait longtemps ses engagements, sous de vains et fallacieux prétextes.

 

Le Pape Jean-Paul II ne s’en émut pas outre-mesure.

 

Au moment où l’opinion publique internationale commençait à s’intéresser au scandale, le Vicaire du Christ donnait dans la légendaire duplicité catholique.

 

D’un côté il condamnait l’antisémitisme, d’un autre côté, il évoquait dans ses homélies « l’infidélité du peuple d’Israël et la « péremption de l’Alliance passée avec lui par l’Eternel ».

 

Et au moment même où Woityla se perdait dans de telles ambiguïtés, le cardinal Glemp exhuma à l’occasion de la célébration de la fête de Notre-Dame de Czestochowa le 26.08.1989 les clichés antisémites d’un autre âge à savoir « air hautain du peuple juif » – « médias à la disposition des juifs » – « antipolonisme ».

 

Le pape ne protestera pas.

 

Ce ne sera que le 01.04.1993 que sous la pression de l’opinion internationale qu’il ordonna enfin le transfert du Couvent litigieux.

 

On retrouve ainsi les éternels atermoiements, louvoiements, demi-mesures qui caractérisent dans tous les domaines la politique ecclésiastique.

 

*

 

Bestial Oblivion

 

Dans aucun discours on ne s’est souvenu du sort des Roms.

 

Ce n’est pas la première fois que je dois souligner le « bestial » Oblivion pour paraphraser Shakespeare.

 

Voici les extraits d’une conférence publique que j’ai donnée dans les années 90 et par les citations qui suivront, j’entends pour ma part combler cette lacune.

 

En 1937, tous les Tsiganes sont considérés comme un péril.

 

En janvier 1938, Porthsy envoie de Styrie un mémoire au ministre responsable, dans lequel il explique que des mesures radicales doivent être prises « pour des raisons de santé publique et, en particulier, parce que les Tsiganes ont une hérédité notoirement chargée, que ce sont des criminels invétérés qui constituent des parasites au sein de notre peuple et qu’ils ne sauraient qu’y produire des dommages immenses, mettant en grand péril la pureté du sang. »

 

En juin, les Tsiganes sont envoyés vers les camps de concentration.

 

En décembre Himmler ordonne que seuls deux groupes soient préservés : d’après Rudlof Hoess « bénéficiaires de la loi sur la protection des monuments historiques, ils auraient été recherchés dans toute l’Europe et installés dans une région déterminée où les savants pourraient les étudier à loisir. »

 

Mais en septembre 1939, une réunion organisée par Heydrich décide l’extermination, les convois sont dirigés vers la Pologne.

 

Hors des camps, dans les campagnes, dans les forêts, les Tsiganes sont massacrés.

 

En 1944, les 1600 Tsiganes survivants d’Auschwitz sont exécutés dans la nuit du 31.07 au 01.08.

 

400.000 Tsiganes ont été pendus, fusillés ou gazés dans les camps nazis.

 

On s’en souvient à peine.

 

À en croire la documentation que j’ai parcourue, aucun monument n’a été érigé à leur mémoire.

 

Eux en tous cas se souviendront longtemps encore du Z de Zigeuner gravé dans leur chair.

 

En 1965, pour le premier pèlerinage international près de Rome, ils ont offert au pape un ostensoir fait de fil de fer barbelé.

 

 

 

 

Le 28 janvier 2020.

 

 

 

Gaston VOGEL

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