Litteraresch Rees vum Gaston Vogel (3): Worms a Speyer

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03.04.1988 – Le Judensand de Worms

Il fait beau – 14° – Nous partons pour Worms et Speyer à la recherche des Juifs qui font si cruellement défaut à l’Europe.

550 km par Kaiserslautern.
On appelle un cimetière en hébreu : « BET OLAM ou BET HACHAJIM » Le cimetière juif de Worms est au pied de l’immense basilique romane. Les pierres tombales se comptent par centaines.
Certaines remontent au début du 1er millénaire.
D’autres sont contemporaines.

Je me suis promené longuement dans ce champ de morts, ombragé par des chênes fatigués qui étendent dans un geste de protection et de tendresse, leurs mains rugueuses envahies par le lierre.

Là-bas au fond, c’est le petit vallon des rabbins.

Reposent côte à côte les rabbins Moses Brod, Naphtali Spitz, Mendel Rothschild.

À l’entrée, deux pierres frappent le regard du visiteur par la masse de cailloux et de restes de cierges déposés sur la partie supérieure du monument.

Ce sont les tombes du Rabbi Meir de Rothenburg décédé en 1293 après avoir passé dix ans dans les bagnes d’un Habsbourg ; à côté celle de Alexander Ben Salomon Wimpfen décédé en 1307.

Les pierres rappellent les stèles sumériennes traditionnelles.

Suivant une légende rapportée par le jüdisches Lexikon, les juifs de Worms seraient les descendants de la tribu de Benjamin, partis de Palestine et venus ici pour fonder la colonie hébraïque.

Les premiers juifs sont signalés à Worms autour de l’an mil.

Une superbe synagogue fut construite dès 1034.

Worms devait connaître les meilleurs intellectuels juifs, ainsi Isaac Eleazar Halevi, Baruch Meir et surtout Raschi « der populärste Bibel und Talmuderklärer » sic. Jüdisches Lexikon (1040-1105).

On peut visiter (Annexe de la synagogue) la chapelle où Raschi enseignait.

Ce cimetière m’a fait la même grave impression que celui de Prague que j’avais visité le 29.02.1969.

Le cimetière de Prague remonte au XVème siècle – il n’a donc pas l’ancienneté de celui de Worms.

Le quartier juif et sans grand intérêt.

La synagogue a été reconstruite en 1961.

Comme il ne vit plus un seul juif à Worms (la solution finale et globale était du 20.03.1942), la synagogue ne sert plus guère que comme monument où lieu de rendez- vous de soldats américains d’obédience juive.

Sur la tombe de Jacob (pierre la plus ancienne du cimetière), on lit cette phrase émouvante qu’on pourrait inscrire au frontispice de ce lieu chargé comme aucun autre de destin :

„Seine Seele ruhe im Bündel des Lebens!“

Dans la petite brochure qu’on peut acquérir pour 3DM à l’entrée de ce lieu saint, nous lisons une description qui mérite d’être reproduite.

«Der Worms Judensand bietet wie alle Friedhöfe ein Bild harmonischer Verschmelzung von Natur und Menschen werk; der ganze Friedhof ist nichts als ein von Bäumen bestandener hügeliger Rasen, in dem die vielen Grabstein stehen, die im Laufe der Jahrunderte zum grossten teile um – und eingesunken sind.“

On comprend mieux ainsi la dénomination du cimetière comme Bet Hachajim, c’est- à-dire lieu de vie ou « bon endroit » – « guter Ort »

(La mikvé de Worms (synagogue) ne pouvait être visitée suite à des inondations causées par le Rhin)

*
Le monument de Luther est à deux cents mètres à peine du cimetière juif.

Charles Quint avait cité Luther à la diète de Worms.

Le réformateur y parut courageusement les 17 et 18.04.1521 (donc voilà bientôt 467 ans depuis).

Il refusa de se rétracter et il fut mis au ban de l’Empire. On le voit entouré de

  • –  Jan Hus (1369-1415) : réformateur tchèque et en 1409, recteur de l’Université de Prague.
  • –  John Wyclif (1320-1384) : contempteur de la corrompue Eglise romaine.
  • –  Savonarole (1452-1498) : réformateur italien – il joua un rôle capital dans la chute des Médicis. Un véritable salaud. Il encourageait les dénonciations des serviteurs, des enfants et il soumettait Florence à une tyrannie spirituelle étouffante. Le 07.02.1497, il brûlait sur un énorme bûcher le plaisir : cartes à jouer, instruments de musique, œuvres d’art, livre de Boccace ou de Pétrarque. Il termina sa vie pendu sur la place de la Seigneurie. Il est synonyme d’intolérance.* Speyer m’a donné de vives émotions esthétiques.La basilique est de toute beauté – nous y trouvons le style roman dépouillé, où tout est réduit à sa plus simple et en même temps sa plus forte expression.Ce « DOM » vaut à lui seul le déplacement.
    La colonie juive appelait « SCHUM » les villes de Mayence, Worms et Speyer.

    C’est dans ces trois cités en effet, que les rabbins fixaient la doctrine pour le reste des juifs allemands.

    On appelait ces synodes « Takkanot Schum ».

    Au 11ème siècle, les Juifs se virent offrir par la ville de Speyer, les plus grands privilèges.

    «Zu ihrem Schutz wurde ihr Viertel mit Mauern umgeben, sie erhielten Handelsfreiheit, eigene Gerichtsbarkeit, Recht Grundbesitz zu erwerben, ein Friedhof anzulegen (il n’en reste strictement rien aujourd’hui) – christliche Dienstboten und Sklaven zu halten“

    En 1980, l’empereur Henri IV confirmait ces privilèges.
    En 1435, ils furent définitivement expulsés de Speyer.
    Ce n’est qu’au XIX siècle qu’une nouvelle colonie s’y implantait.

 

Il faut absolument voir le « MIKWE » – Les clefs sont remises par la tenancière du débit « Trutz-pfaff ».

Le jüdisches Lexikon décrit ce lieu :

„das Judenbad gehört zu den ältesten und besterhaltenen Denkmäler der frühromanischen Zeit.

Es stammt aus der Mitte der 12 Jhrds. Und hat 200 Jahre seiner Bestimmung gedient.“

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